Littérature et café chaud (99)

Littérature ancienne comme moderne, en français comme dans d'autres langues

Mathieu Goux

Histoire d'un voyage faict en la terre du Brésil, autrement dite Amérique (1578, Jean de Léry)

Ces derniers temps, les mises à jour de ce blog se sont espacées : je peux certes blâmer le travail, mais je pense également qu'il me manquait de l'à-propos, cet esprit qui me faisait dire que l'instant était venu de parler de ceci ou de cela. L'écriture, je l'ai compris plus tard, n'est pas seulement une question de style ou de fond, mais aussi de moment.

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Mathieu Goux

Antigone (1944, Jean Anouilh)

L'on peut rentrer en Littérature comme d'autres rentrent en religion : une absence, une épiphanie, une promesse suffisent pour cela. Mon histoire de lecteur s'est construite lentement, une découverte après l'autre : si je dis souvent que les Essais ou qu'Alice au pays des merveilles furent des étapes d'importance, je n'oublie pas l'Antigone d'Anouilh, qui me fascina sans précisément, alors, le comprendre totalement.

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Mathieu Goux

L'Écume des jours (1947, Boris Vian)

Je l'ai déjà dit, je le répète : il faut parfois être disposé pour apprécier une œuvre à sa juste valeur. Trop tôt, elle passe sans marquer ; trop tard, on en ressort déçu. Nos parcours culturels sont marqués d'à-propos, et les plus belles bornes jalonnent nos chemins d'agréables souvenirs. L'Écume des jours m'est belle : et le moment était idéal.

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Mathieu Goux

Remarques sur la langue française (1647, Claude Favre de Vaugelas)

Il y a de cela quelques temps, j'avais parlé d'une grammaire, et j'avais rapidement évoqué le travail des Remarqueurs. Je reviens ici sur le plus connu d'entre eux, Vaugelas ; et sur son ouvrage le plus étudié, les Remarques. C'est un texte que je fréquente depuis plusieurs années à présent, et que je parcours tant pour le travail que pour le plaisir : et il a comme une richesse étrange, que je ne saisis pas encore parfaitement néanmoins.

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Mathieu Goux

Le Comte de Monte-Cristo (1844-1846, Alexandre Dumas)

J'ai une tendresse particulière pour les intrigues à tiroir et les romans-feuilletons. Si je suis admiratif des grands projets littéraires qui charpentent toute leur intrigue et en font comme un ressort bandé qui se déploie petit à petit, il y a dans l'écriture multiple un plaisir coupable que je renie point. Parmi ces grands feuilletonistes, Alexandre Dumas est sans doute le plus connu ; et Le Comte de Monte-Cristo, son œuvre la plus fameuse.

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Mathieu Goux

L'Éducation sentimentale (1869, Gustave Flaubert)

Il y a toujours eu, chez Flaubert, quelque chose d'intrigant. Son humour glacé peut-être, son style enlevé sans doute ; c'est encore la façon qu'il peut avoir de nous tromper qui m'intéresse ici. Car s'il est quelque chose que L'Éducation sentimentale aime à faire, c'est se moquer de nous.

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Mathieu Goux

Don Quichotte de la Manche (1605-1615, Cervantes)

Il m'arrive ces jours-ci la pire des choses, même, la pire des choses qui puissent arriver à quiconque : je commence à prendre place dans ce monde. Petit à petit, irrémédiablement cependant, ce dernier fait sens, je nomme les choses et elles deviennent vraies. C'est une malédiction ; malédiction glorieuse néanmoins, car elle permet de colorer l'un des romans les plus puissants de l'histoire en une nouvelle tragédie.

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Mathieu Goux

Le Rouge et le noir (1831, Stendhal)

Je suis sans doute représentant de ceux qui pensent qu'il existe, dans la Littérature comme ailleurs, deux mouvements : il y a l'allant, et le bifurquant. Il y a la droite ligne, fière, orgueilleuse, énergique et qui jamais ne regarde en arrière ; et il y a la balance, la traverse, le perpendiculaire qui ne s'équilibre que par ses rebours et ses flottements. Des deux, ce roman est sans doute de cette dernière famille, encore que la vérité soit âpre.

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Mathieu Goux

Pour Qui Sonne le Glas (1940, Ernest Hemingway)

D'Ernest Hemingway, comme pour beaucoup de grands auteurs, l'on ne retient souvent qu'un seul titre : Le Vieil Homme et la mer. Ici, la chose est belle, car le roman est grand ; mais je parlerai pourtant d'une autre œuvre qui, il y a de cela quelques années, m'avait enchanté. Ce roman de révolution, idée que j'aime tant, parle ainsi davantage des révolutionnaires que du reste, et ce n'est alors l'aborder que d'une unique façon.

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Mathieu Goux

Ulysses (1922, James Joyce)

L'on croit souvent que les théories éclairent les œuvres, et c'est là l'un des arguments majeurs quant à l'existence de la critique littéraire. Certes ; mais il est aussi des livres irréductibles à toute espèce d'explication. Et quand bien même Gérard Genette, dont on aura parlé ailleurs et pour autre chose, se serait piqué de palimpsestes, ne considérer l'Ulysse de Joyce que comme un autre Ulysse, ce serait faire un affront à tous : à l'auteur, à la Littérature, et à l'humanité entière enfin.

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Mathieu Goux

Grammaire méthodique du français (1994, Martin Riegel, Jean-Christophe Pellat et René Rioul)

J'entends déjà les gorges chaudes : que vient faire un ouvrage de spécialité, qui plus est de grammaire, dans la catégorie « Littérature  » de ce blog ? Encore, poursuivent-elles, nous avons accepté, jadis, Figures III, car il y avait, au-delà du sujet, un vrai plaisir de conteur, une jouissance du verbe ; mais là, cette Grammaire méthodique du français, comme vous dites, que peut-on y trouver de romanesque, à part quelques citations à la sauvette ? Eh bien ! réponds-je. On y trouve tout le reste : et c'est déjà énorme.

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Mathieu Goux

Les Règles de l'art (1992, Pierre Bourdieu)

En ce journal finalement très personnel qui prend néanmoins en compte son statut public, de la même façon que certaines correspondances d'alors profitaient aussi bien aux familiers qu'aux inconnus, je ne traite finalement que peu d'engagement. Certes, j'ai eu, par le passé, à défendre et à réhabiliter une œuvre ou l'autre, mais mon projet se place, comme qui dirait, sur un autre plan, plus sensible peut-être, plus intime encore, décontextualisé sans doute. J'ai le malheur de croire, comme dit un autre, bien plus fameux, que ce qui est bon ici est bon dans un ailleurs approchant. C'est alors pour défendre ce point de vue que je m'en vais parler de Bourdieu, étrangement non pour lui donner raison, mais pour dire qu'il n'a pas tort.

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Mathieu Goux

Exercices de style (1947, Raymond Queneau)

À de très rares exceptions près, je suis plus volontiers porté en Littérature sur la forme que sur le fond. Je peux certes prendre plaisir à suivre un roman, et à découvrir ce pourquoi la Marquise sortit à cinq heures et qui a tué le capitaine ; mais je pense que si un auteur prenait la peine de m'écrire le bottin avec une force évocatoire et stylistique démesurée, je m'y accrocherais comme si c'était le plus grand des chefs d'œuvre. Raymond Queneau de venir alors, et de rire de mes penchants.

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Mathieu Goux

Les Regrets (1558, Joachim du Bellay)

J'ai une relation complexe avec la poésie. Une part de moi l'aime et l'adore, une autre ne parvient pas à la comprendre, dans le sens étymologique du terme. Jamais parfaitement loin de ma main, elle me fascine et me terrifie tout à la fois. Les Regrets, cependant, ne me fait pas cette même impression, sans doute grâce à l'honnête roublardise que j'y trouve.

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Mathieu Goux

Les Métamorphoses (Vers 1, Ovide)

Ce sera là le dernier billet de l'année, avant la reprise du blog en janvier. Aussi, pour terminer ce cycle, quoi de mieux qu'un ouvrage qui célèbre le changement, le cycle, le renouveau sous toutes ses formes ? Les Métamorphoses, chef d'œuvre d'Ovide et poème fondateur, se prête bien à ces lectures hivernales.

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Mathieu Goux

Le Misanthrope (1667, Molière)

J'ai déjà parlé de Racine ; j'ai déjà parlé de Corneille ; il me faut à présent aborder, il en est temps, le dernier cité parmi les dramaturges classiques, Molière. Et autant ai-je pu hésiter quant à la pièce que je voulais aborder, ici, le choix s'est finalement imposé à moi : Le Misanthrope, ou l'Atrabilaire Amoureux est sans doute ma comédie préférée, au point que je m'identifie volontiers au fameux Alceste.

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Mathieu Goux

House of Leaves (2000, Mark Z. Danielewski)

Il y a, dans tout art et dans tout média, deux niveaux de lecture existants. Il y a, pour résumer, le « fond  », et la « forme  », le tableau et ce qu'il représente, la bobine du film et le film lui-même. Souvent, les créateurs de disjoindre ces deux niveaux, ne considérant le support que dans ses limites pragmatiques : mais d'autres l'exploitent dans toute sa spécificité, et c'est ce que l'on a ici pour House of Leaves.

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Mathieu Goux

Proêmes (1948, Francis Ponge)

Derrière le mot « poésie  », beaucoup de choses peuvent être entendues. Il en est qui glissent des choses très précises derrière ce terme, des vers et du rythme : mais que faire alors de Chrétien de Troie, que faire de René Char ? Il en est qui ne font pas de distinctions, mais que faire de Zola, que faire de Danilo Kis ? Montaigne peut-être avait raison : il ne faut pas choisir.

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Mathieu Goux

Au Bonheur des Dames (1883, Émile Zola)

Zola fait partie de ces grands auteurs pour lesquels je n'ai jamais eu d'affection particulière. La faute à quoi, la faute à je-ne-sais-quoi ; dans cette quête naturaliste qui était la sienne, il me manquait sans doute l'ironie mordante d'un Flaubert. Et puis, je revins au Bonheur des Dames ; et si mes critiques premières sont encore là, je me suis volontiers apaisé avec le temps.

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Mathieu Goux

King Lear (1606, William Shakespeare)

Tiens ? Je ne crois pas avoir déjà ici parlé de Shakespeare. C'est un tort. Mais, avouons-le, ce n'est pas un auteur que l'on côtoie souvent en France : l'histoire littéraire est, ici et avant tout, l'histoire littéraire française. À tort, bien entendu, mais nul n'est besoin ici de le montrer.

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