Littérature et café chaud (99)

Littérature ancienne comme moderne, en français comme dans d'autres langues

Mathieu Goux

Les Misérables (1862, Victor Hugo)

Il y a de cela huit ans déjà, j'évoquais L'Homme qui rit, que j'appelais jadis le seul roman hugolien que je sauvais dans mon panthéon. Mon point de vue ici a quelque peu changé : si je persiste à trouver ce dernier comme étant le mieux réussi de tous, Les Misérables s'est tranquillement coulé sur ce qui est à présent un podium, sans même que je ne m'en aperçoive.

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Mathieu Goux

Le Livre du Rire et de l'Oubli (1979, Milan Kundera)

De tous les auteurs, et autrices, que je puis connaître, Milan Kundera demeure pour moi une énigme, en ce sens que j'ignore encore si je l'apprécie ou non ; sa lecture produit en moi un mélange confus de génie et d'indécision, chose qui ne m'a jamais paru aussi claire que dans ce roman.

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Mathieu Goux

On the Road (1951, Jack Kerouac)

Par mon âge, je ne connais la « beat generation  » que par les témoignages, mais également par les caricatures ; des personnes ayant une haute opinion d'elles-mêmes, qui mélangent jazz, poésie, alcool et drogues dures, composant des sonnets incompréhensibles. Ce portrait n'est peut-être pas si éloigné de la réalité ; mais il oublie volontiers de dire que ses représentants ont été parfois géniaux.

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Mathieu Goux

King Kong Théorie (2005, Virgine Despentes)

Il est toujours délicat pour un homme de parler féminisme, quand bien même les conséquences, concrètes, de ce mouvement, toucheraient favorablement mon genre et ma personne ; mais je ne me risquerai point ici de parler de théorie ou de critique. Je veux cependant revenir sur ce qui a été, me concernant, mon premier contact avec ces mouvements politiques, et le début de mon intérêt pour ceux-ci.

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Mathieu Goux

La Disparition (1969, George Perec)

Point de symbolique cachée ici : je n'ai pas assez de talent pour me risquer aux lipogrammes, aussi j'écris sans contraintes. De La Disparition, on connaît à présent beaucoup son jeu primordial ; mais réduire le roman à ce seul exercice de style est, peut-être, rapide etdécevant.

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Mathieu Goux

Amours, délices et orgues (1898, Alphonse Allais)

Occasionnellement, on entend parler du « bon mot à la française  », ce génie tout particulier qu'aurait notre culture et sa tendance à l'aphorisme, au bout-en-train, au trait d'esprit. Je ne sais si cela est propre à notre civilisation : mais si cette tendance existe, nul autre qu'Alphonse Allais a su l'incarner au mieux.

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Mathieu Goux

Murder on the Orient Express (1934, Agatha Christie)

Les hasards de l’existence me font écrire ce billet tandis que je me trouve dans un train fortement ressemblant à ceux de l’ancien temps, avec ces cabines que longe un grand couloir étroit. Il n’en fallait pas plus pour me ressouvenir d’Agatha Christie, et ce qui fut sans doute mon premier émoi policier.

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Mathieu Goux

Gagner la guerre (2009, Jean-Philippe Jaworski)

Toutes choses égales par ailleurs, je ne goûte guère la fantasy en littérature. J'aime pourtant ces imaginaires au cinéma ou en bande dessinée ; mais si ce n'est Pratchett, et dans une moindre mesure le vieillissant Tolkien, rien ne m'aura attiré. C'est que je préfère les intrigues humaines aux dragons furieux ; c'est alors que Jaworski vint et fit sans doute ce que Martin ne réalisa point.

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Mathieu Goux

Cyrano de Bergerac (1897, Edmond Rostand)

Il y a des textes dont l'écho est si fort qu'ils résonnent loin, bien loin de leur origine. On les trouve dans des séries télévisées, des bandes dessinées, des opéras ; on navigue en permanence dans leurs univers, sans le savoir pourtant. Ce qui est étrange ici, c'est ce que je ne parle point d'un mythe ou des Écritures : mais de quelque chose de bien, bien plus proche de nous.

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Mathieu Goux

Tractatus Logico-Philosophicus (1921, Wittgenstein)

Toutes choses égales par ailleurs, je lis peu de philosophie. Précisons : si j'en rencontre, c'est comme mâtinée dans telle ou telle œuvre, sans y paraître, d'une façon toute montaignienne finalement et cela me plaît. Il y a des exceptions, surtout parmi les Anciens d'ailleurs, ou alors dans les plus ou moins contemporains ; et dans mon horizon de pensée, il y a le Tractatus, sans doute l'œuvre qui m'aura, dans son genre, le plus impressionné.

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Mathieu Goux

The World According to Garp (1978, John Irving)

Évidemment, ou plutôt, comme on pourrait s'en douter et comme je l'ai dit ailleurs, je ne crois pas vraiment au pouvoir de la littérature. Tout comme les chansons, les films, les peintures ne changent point le monde, les livres ne changent rien non plus. Il faut le dire : ce qui change le monde, ce qui l'approfondit et l'embellit, ce sont les hommes et les femmes l'habitant.

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Mathieu Goux

Great Expectations (1861, Charles Dickens)

À tout seigneur, tout honneur : c'est par South Park que je fis jadis la connaissance de ce roman. Il y a, dans cette série, un garçonnet nommé « Pip  » ; il révèle dans un épisode que son nom est un hommage au protagoniste des Grandes Espérances ; curieux, je lis le roman ; enfin, il m'inspira de belles choses.

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Mathieu Goux

Poèmes barbares (1862, Leconte de Lisle)

De toutes les formes que peut prendre la littérature, la poésie est sans doute et celle qui est la mieux tenue en estime, et celle considérée comme la plus difficile. La prose, pourtant, est tout aussi dure, et les grands romanciers ont souvent été, eux-mêmes, des rimateurs distingués. S'il est cependant toujours difficile de créer un chef d'œuvre, on peut pourtant s'inspirer des grands maîtres.

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Mathieu Goux

Strange Case of Dr Jekyll and Mr Hyde (1886, Stevenson)

Quand j'étais lycéen, et malgré mon grand intérêt pour les mathématiques et les sciences, je fus pris d'une belle lubie de lecture qui deviendra, finalement, ma future orientation professionnelle. Je décidais d'aller vers ce que j'appelais les « classiques  » : ces histoires connues de toutes et de tous, ou presque, mais dont l'origine véritable est peu connue. Je me revois alors, dans la salle d'études, lire une traduction de ce mythe moderne.

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Mathieu Goux

Les Confessions (1782-1789, Rousseau)

Je me suis longtemps interrogé sur le rôle de la littérature, et notamment sur son rôle « social  » ou « politique  », peut-on dire. J'arrivais souvent à la conclusion que la littérature ne devait avoir aucune ambition de cet ordre, ne devait pas même s'intéresser à son lecteur. Ce n'était pas à dire que les auteurs ne pouvaient point faire cela ; mais qu'alors, je ne considérais pas ces textes comme de la littérature.

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Mathieu Goux

Regain (1930, Jean Giono)

Je me souviens d'une plaisanterie, qui a un fond de vérité néanmoins : le pragmatique disait qu'en matière de littérature, l'on ne parlait jamais que de la mort, que de l'amour et que de la nature. Avec cela, l'on pouvait tout écrire et tout décrire ; et pour avoir étudié les grands auteurs et pour les étudier encore, depuis plus de dix ans, cela est loin d'être faux.

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Mathieu Goux

Mangez-le si vous voulez (2009, Jean Teulé)

L'une des qualités que je puis le plus apprécier, autant chez un auteur qu'en général, c'est la constance, l'équilibre, l'attingible d'un idéal, d'un objectif et de s'y tenir. Gare à qui placerait la barre trop haut dès l'entraînement, jamais ne pourra-t-il faire mieux en compétition. Et c'est après avoir été déçu par un récent roman que je me ressouvins d'un autre que j'avais bien mieux apprécié.

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