The Legend of Zelda: Ocarina of Time Original Soundtrack (1998, Koji Kondo)

J'évite traditionnellement de trop suivre l'actualité avec ce journal, même si je l'ai déjà fait quelques fois. Il y a, cependant, des exceptions que je m'autorise aux règles que j'ai moi-même écrites ; et Ocarina of Time en fera toujours partie, je pense.

Du jeu, j'ai déjà parlé plusieurs fois, tant ici que sur GrosPixels, dans Ludographie encore et j'y reviendrai prochainement. Évidemment, la sortie prochaine de son remastered ou que sais-je sur Nintendo Switch 2 m'a replongé dans une "ocarinomanie" qui ne m'avait, en vérité, jamais totalement quitté : depuis la découverte de Ship of Harkinian, je suis très régulièrement revenu au jeu que je connais, maintenant, plus que jamais.

En repensant cependant plus nettement à tout ce que ce jeu m'apporta, je me rendis compte qu'au-delà de sa puissance narrative et qu'au-delà de sa grandeur ludique, il acheva de me convaincre que la musique de jeu vidéo avait quelque chose de différent, d'à part, que je ne trouvais nulle part ailleurs. C'est non seulement un genre spécifique, aux couleurs inédites et particulières, mais c'est, dans Ocarina of Time, un album particulièrement touché auquel je reviens toujours.

On peut sans doute identifier trois grandes familles de thèmes musicaux au jeu. Il y a, tout d'abord, les mélodies évidentes, reprises parfois de jeux précédents comme le thème du village Cocorico, que je sifflote toujours malgré moi ; celui de la plaine ou de l'écran-titre, respectivement héroïque et mystérieux, tranquille et énigmatique ; le village Gerudo et ses accents hispanisants, à l'ambiance quasi inédite pour la série, et qui reste sans doute, aujourd'hui encore, l'un des morceaux les mieux connus du jeu.

Ensuite, il y a les musiques des donjons, qui sont toutes particulières, et toutes différentes. Ce n'était pas une nouveauté, puisque Link's Awakening avait fait de même ; mais cela restait remarquable, à ce moment-là du temps. Surtout, l'ambiance de ces donjons était inimitable : lugubre, atmosphérique, angoissante souvent, on explorait ici des domaines nouveaux qui racontaient en plus d'illustrer. Encore maintenant, je ne peux entendre le thème de l'Arbre Mojo, celui du Temple de l'Eau ou du Temple de l'Ombre sans être pris de sentiments compliqués et sans empêcher d'anciennes peurs du noir et des ogres cachés sous le lit de me saisir la gorge.

Et puis, peut-être les oublie-t-on comme elles sont plus discrètes, moins longues, il y a les mélodies de l'ocarina elles-mêmes. Ces quelques notes, que l'on entend pourtant souvent dans l'aventure, ont des fonctions ludiques plus circonscrites : elles téléportent, font venir le soleil, appellent notre jument. Mais au-delà de leurs ritournelles entêtantes, si faciles à siffler et à retenir, elles sont souvent associées à des émotions fortes que je porte toujours en moi.

Ainsi, le Boléro du Feu célèbre les amitiés puissantes et les joies débordantes ; le Requiem des Esprits évoque le souvenir des enfances passées, les plaisirs puérils et fugaces, mais aussi les bonheurs d'adulte, l'amour et le sexe — même si l'idée est plus suggérée qu'évoquée — que l'on ne connaissait pas. Il y a, surtout, le Chant de Saria. C'est une chanson dynamique, joyeuse, qui déride, dans notre aventure, l'ombrageux Darunia. Mais elle est associée, finalement, à cette amitié perdue, à cette amie d'enfance que l'on ne retrouvera jamais et que l'on regrette souvent. C'est pour tout cela, plus encore, que cette bande originale est pour moi si belle : peut-être pas la mieux écrite, me diront les spécialistes ; mais celle qui fait naître en moi l'intégralité des émotions humaines, certaines que j'ai oubliées, et d'autres que je n'ai pas encore connues.