Le bilan de l'intelligence (1935, Paul Valéry)

Il s'agit bien ici d'une réflexion d'ordre philosophique ; si l'on a tendance parfois à réduire Paul Valéry à un « simple » poète, il ne faudrait pas oublier qu'il tenait la prose en plus haute estime et qu'une grande partie de sa vie a été dédiée aux domaines de l'esprit. Dans ce petit texte, que je soupçonne être disponible en ligne si l'on cherche bien mais que l'on peut retrouver notamment dans Variété III, l'auteur évoque les façons dont les technologies nouvelles (lors de l'écriture de la conférence, il s'agissait notamment de la découverte de l'électricité, entre autres) ont pu influencer notre rapport au monde et surtout au savoir.
Si le propos semble aujourd'hui suranné, il reste cependant incroyablement moderne : et il suffirait de remplacer certains mots par « Internet » ou « Réseau social » pour se rendre compte que l'on pourrait prendre ce texte pour une page issue de l'esprit récent d'un chercheur contemporain. Aussi Paul Valéry, que l'on ne présente plus, de s'interroger sur la façon dont la culture et le savoir sont devenus des outils de marchandisation, que ce soit dans les esprits (« nous ne supportons plus la durée », écrit-il de façon quasiment prophétique), amenant à une destruction progressive de ceux-ci. Prenant notamment l'exemple du baccalauréat, il regrette que les « potaches » n'apprennent, mettons, que le latin ou le grec que dans le pur optique de l'obtention d'un diplôme, apprenant ainsi une langue qui n'a jamais existé (car reconstruite pour les besoins d'un programme), choses bien prédujiciables aux yeux d'une certaine honnêteté intellectuelle. Une lecture vivement conseillée, du moins qui m'a plu énormément.


